Constance Meyer au 5bis rue de Verneuil © Ammar Abd Rabbo

Constance Meyer a publié « La Jeune Fille et Gainsbourg » en Octobre 2010 aux Editions Archipel : elle y relate 5 ans de sa vie, son passage de l’adolescence à l’âge adulte (entre 16 et 21 ans) en compagnie de Serge Gainsbourg. D’abord son idole, puis son ami et son amant. Constance a hésité longtemps avant de publier son histoire. Mais un ami l’y a poussé et tant mieux pour nous, pour elle et pour lui aussi. Constance nous donne à découvrir Serge l’intime, l’homme seul qui n’avait pas le moral, celui qui avait envie de rire et faisait toutes les conneries possibles, sa générosité et son humilité. Elle a gentiment accepté de répondre à mes questions et je l’en remercie vivement !

Interview :

Votre livre est un message d’espoir pour vos enfants d’abord et tous les lecteurs ensuite. Combien de temps vous a t’il fallu pour l’écrire à partir du moment où vous avez décidé de vous lancer dans le projet ?
6 mois environ, incluant une grosse partie de retravail, réécriture, simplification à l’extrême.
Je rêvais d’arriver à une écriture dénudée, ôtée d’adverbes ou d’adjectifs enjoliveurs.
Je voulais du pur, du limpide, du simple, à l’image de ce qu’était réellement Serge.

Qu’est-ce que l’écriture et la publication du livre ont changé pour vous ?
Rien.
Tout.
Rien car je n’ai pas changé d’un pouce. S’il y a quelque chose qui m’a transformée, c’est ma rencontre avec Serge, pas ce livre.
Tout, car cela m’a allégé, retiré un secret trop lourd à porter, cela m’a permis de redevenir moi-même. Juste moi-même. Vraie.

Durant l’écriture, quelle est ou quelles sont les choses que vous aviez omises et qui vous sont revenues ?
La mémoire est un muscle et plus je travaillais, m’isolais dans ma bulle, revivais le passé, plus souvenirs, anecdotes, détails revenaient à moi.
J’étais totalement dans mes souvenirs pendant l’écriture, 25 ans en arrière, à fond, à 100%. J’ai revécu notre histoire.
Et c’est assez étonnant de pouvoir faire ces allers retours dans le temps. C’est pas tout à fait normal et, finalement, un vrai luxe !

A la sortie du livre, quelles ont été les réactions de lecteurs ou de la presse qui vous ont le plus marquées ?
Evidement le titre du portrait de Libération.
La journaliste, Ondine Millot, connaissait à peine les chansons de Serge quand elle est venue m’interviewer la première fois et s’en est imprégnée pendant 15 jours, non stop, avec une vraie oreille, le temps d’écrire son article.
Et elle a réussi à trouver ce titre insensé de génie, de beauté, de finesse, Exquis ex kiss, qui reprend le fameux Exquise esquisse chanté avec Charlotte. La trouvaille d’une experte de… 15 jours !

Pour le reste, ce qui m’a bluffé est l’ensemble de la presse et du public.
Je croyais partir à la guerre, au front, je m’y étais préparée et je n’ai reçu que de l’amour. J’étais stupéfaite !
Une presse unanime et une quantité de messages du public – via mail, adresse de mon éditeur, Facebook, mon site photo…
Des mots adorables, passionnants, parfois bouleversants, comme un ancien flic du poste de la place St-Sulpice qui m’avait connu à l’époque avec Serge…
Et j’ai répondu à chacun d’entre eux, de la même manière que Serge ouvrait toujours sa porte aux gens.

Quelle a été la réaction des membres de votre famille qui ne savaient pas ?
A ce moment là, tout le monde savaient sauf mes enfants, que j’ai évidement prévenu avant la sortie du livre.
Ma fille, ado, a adoré le livre. Elle s’est retrouvée dans cette jeunesse, cette liberté, cette douce folie. Idem pour ses copains, qui l’ont tous emprunté.
Tandis que mon fils, 9 ans alors, se marrait et comptait les magazines dans lesquels je passais !

Avec votre livre nous avons pu découvrir ce quartier autour de la rue de Verneuil, celui dans lequel vous emmeniez Serge à l’arrière de votre mobylette jusqu’au restaurant… Vous arrive t’il d’y retourner ? 
Comment ne pas passer par l’axe quais-rue des Saint-Pères quand on habite à Paris ?!
Parfois je tournais juste la tête en direction de la rue de Verneuil, parfois je m’arrêtais devant la maison. Généralement seule.
Je me rappelle d’une fois, où, après la sortie de mon livre, j’ai emmené mon fils. C’était un moment émouvant car, devant moi, il arrivait à concrétiser l’histoire.

Pensez-vous que Serge l’artiste vous a influencé ou vous influence encore dans votre carrière artistique aujourd’hui ?
J’ai travaillé toute ma vie dans des milieux artistiques et ai moi-même créé un concept de patchworks photos.
Et oui, bien sûr, Serge a encore une influence sur moi, même majeure, celle de la rigueur et du perfectionnisme, que j’essaye parfois d’effleurer.

Ce sont les mots qui vous ont unis à Gainsbourg, la première lettre écrite sur le trottoir, les jeux de mots que vous aviez avec lui… quel est le mot du vocabulaire français que vous pouvez entendre ou lire qui vous rappelle immédiatement à lui ?
Il y a beaucoup de mots qui me rappellent directement Serge.
Et, s’il ne faut en citer qu’un, ouh là c’est dur, ce serait un mot qui n’appartient qu’aux intimes, Rapplique

Se passe t’il un jour sans que vous ne pensiez à Serge ?
Oui !
Mais plus difficilement si j’ouvre mon Facebook !
Il y a tant de gens qui l’aiment que pas un jour il n’y a une chanson de lui.

A part le fait de ne pas avoir pu lui dire au revoir, avez-vous des regrets ?
Non, aucun regret !
Si c’était à refaire, je revivrai exactement la même histoire.

Quel est le Gainsbourg que vous écoutez aujourd’hui ?
Tout, rien.
Cela dépend de mon humeur, des circonstances.
En dehors de quelques vidéos sur Facebook, j’écoute peu ses chansons. Mais les chante parfois dans mon coin !

L’ultime chanson de Serge que vous souhaiteriez écouter avant de partir ?
La valse des officiers, l’unique chanson où Serge chante en russe. Bouleversant.

Achetez la Jeune Fille et Gainsbourg de Constance Meyer

Avez-vous lu d’autres livres sur Serge ? Si oui, le(s)quel(s) recommanderiez-vous ?
Je ne lis quasiment rien sur Serge depuis sa mort. Je n’arrive pas à le retrouver dans les livres. Je préfère mes souvenirs.

Le projet d’ouverture du 5bis rue de Verneuil au public en Septembre 2013 vous angoisse t’il ? Pourrez-vous de nouveau prénétrer à l’intérieur sachant qu’il n’est plus là ?
L’ouverture de ce musée revient régulièrement mais je suis sceptique. Depuis le temps qu’on en parle.
Je n’ai pas l’impression que Charlotte ait réellement envie de le faire et peux la comprendre.
Mais si cela se fait, c’est bien.

Mais j’ai eu l’occasion d’y retourner deux fois à la sortie de mon livre, il y a deux ans, 20 ans après.
C’était fou, fou et troublant de repartir ainsi dans le passé.
Les articles disent que rien n’a changé, je n’ai pas eu ce sentiment. Dans le salon, il n’y a plus de pianos, plus d’objets sur la table basse… il manque beaucoup de choses et surtout… Serge.
Je suis heureuse d’y être retournée, de cette émotion revécue, mais ce n’est pas un lieu où j’aimerais me rendre régulièrement.
A nouveau je préfère mes souvenirs.

Vous faites partie de ces gens qui ont cotoyé Gainsbourg qu’on interviewe pour le faire revivre… Gilles Verlant semble vous avoir adopté. Avez-vous l’impression de faire partie de la « famille Gainsbourg » ?
Famille, non, pas ce mot. Surtout pas. C’est réservé à sa famille.
Clan, cercle, maybe, yes.

Vous avez pour projet d’écrire la suite de « La Jeune Fille et Gainsbourg », pouvez-vous nous en dire plus ?
Non, je n’ai pas le projet d’écrire la suite mais… un autre livre !
Enfin, là, je n’ai écrit que dix pages et, comme je n’écris pas beaucoup, ce n’est pas prêt de sortir…

Et ce projet d’adaptation de « La Jeune Fille et Gainsbourg » au cinéma, qui rêveriez-vous dans les rôles titres ?
J’ai écrit le scénar avec Benjamin Legrand, frère de Michel et ai adoré l’écrire !
C’était pour moi une nouvelle forme d’écriture, passionnante.
Et un moment de fusion et d’harmonie avec Benjamin, un grand monsieur.
Malheureusement, aujourd’hui, le producteur, n’arrive pas à trouver le financement pour le réaliser.

Et, dans les rôles titres, une jeune comédienne inconnue et maline pour la jeune fille.
Quand à Serge, on a choisi de ne pas le faire apparaitre à l’écran, mais uniquement de dos ou via ses mains au piano, interprétées alors par Jean-Jacques Debout, qui a très bien connu Serge, l’adore, a des mains très proches, des doigts fins, et surtout un grand touché de piano !

On verra si ce film se fait un jour. Ce n’est pas si important, l’essentiel est de l’avoir vécu et écrit !

Merci beaucoup.

Pour poursuivre votre découverte de l’histoire de Constance Meyer :

1. Lire les 3 premiers chapitres de « La Jeune Fille et Gainsbourg« 

2. Achetez son livre  « La Jeune Fille et Gainsbourg » paru en Octobre 2010 aux Editions Archipel

3. Regardez cette vidéo dont le montage a été effectué par ses soins qui résume 27 ans de vie en 3 minutes ! Ecoutez aussi cette magnifique chanson « Plus Doux avec Moi », duo de Serge avec Charlotte qui chante « Constant dans l’inconstance / Tu ne sais pas où tu vas… », clin d’oeil à Constance évidemment.

4. Retrouvez Constance en ligne:

5. Découvrez de belles interviews de Constance en ligne :

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