La Schola Cantorum est, à l’époque où Serge Gainsbourg la fréquente, une école de chant et de musique religieuse. C’est aussi un endroit où les élèves peuvent dormir, c’est grâce à Lise Lévitsky qu’il y mettra les pieds. Lise d’abord locataire seule en 1947 y renviendra accompagnée de son mari Lucien en 1952. C’est là qu’il y composera « Elaeudanla Teïtéïa »

La Schola Cantorum

Lise Lévitsky, dans son livre « Lise et Lulu » paru en 2010, parle de la Schola Cantorum, comment elle a atterri là et comment Lucien est venu la rejoindre :

Je me cherche une chambre ailleurs. Par hasard, je croise dans le métro une copine de lycée, Janine, qui m’emmène boire un verre chez elle, à la Schola Cantorum, rue Saint-Jacques, sur la rive gauche. C’est une célèbre école de musique installée dans l’ancien couvent des bénédictins anglais, avec une cinquantaine de chambre théoriquement réservées aux élèves. Mais, dans les faits, les chambres sont attribuées par cooptation. Ce n’est pas la peine de s’adresser au directeur ni de remplir un dossier : dès qu’une chambre est libre, on la donne à un bon copain, qui va voir l’administration pour régler toute la paperasse. Pour être sûr d’en avoir une, il vaut mieux être déjà sur place et, pendant quinze jours, je dors sur un matelas posé dans le couloir en attendant qu’une chambre se libère. L’ambiance de la Schola Cantorum me plaît. On dit que les flics ne viennent jamais parce que le bâtiment, propriété de l’archevêque de Cantorbéry, jouirait de l’extraterritorialité. Il y aurait même un fantôme, celui du roi Charles Ier d’Angleterre, mort décapité (…) Enfin, quelqu’un s’en va. Je saute sur l’occasion ! La chambre est minuscule, sans fenêtre, avec seulement un regard sur une cour d’un mètre de profondeur. On m’a dit plus tard que c’est dans cette pièce  que Benjamin Franklin a écrit le brouillon de la constitution des Etats-Unis d’Amérique, et qu’on a récemment posé une plaque à côté de la porte. Mais, en cet automne 1947, je ne trouve pas la chambre très bon marché parce que le règlement exige que l’on prenne – et que l’on paie ! – un repas par jour.

En 1952, Lise revient à la Schola après l’avoir quitté précipitamment en 48, faute de n’avoir pu payer le loyer. Entre temps, Lise et Lucien ont vécu à Champsfleur où Lucien s’occupait d’enfants rescapés des horreurs de la guerre. Quand elle y revient en 52, elle a une double chance : celle d’avoir d’emblée une grande chambre, qui plus est équipée d’un piano, en piteux état certes, mais un piano quand même. Il n’en fallait pas moins pour convaincre Lucien de venir à la Schola. Il retape le piano et passe des heures dans le placard au fond duquel une porte d’abord condamnée donne sur la salle de concert de la Scola 2 étages plus bas. Lucien écoute, apprend et met en application ce qu’il entend

A la Schola, Lucien écrit des chansons, de plus en plus de chansons. Il parle encore de peindre, mais il ne touche plus à ses pinceaux. Ses textes sont plutôt drôles, comme La Jambe de Bois (Friedland), une petite fable antimilitariste, ou Elaeudanla Teiteia. Cette dernière, elle est vraiment à moi. Quelques temps après notre arrivée à la Schola, je lui ai offert une petite machine à écrire portative de la marque Remington, parce qu’il faut bien qu’il mette au propre ses textes de chansons. Je compte bien m’en servir aussi, après avoir été obligée de recopier au bureau les contes pour enfants et les poèmes que j’ai commencé à écrire. Je dois trouver un pseudonyme pour les faire publier. Nous tentons plusieurs noms, et Lulu finit par opter pour Laetitia Kerr. ça sonne bien, mais est-ce un nom élégant, une fois écrit sur le papier ? En entendant le martèlement des caractères de la machine quand ils s’abattent sur le ruban encreur, il a eu l’idée de la chanson et de son rythme particulier. Comme ça lui arrive depuis qu’il entreprend de faire des chansons, Lulu s’amuse à répéter quelques mots saisis dans le quotidien, et ça donne « l,a, e dans l’a, t, i, t, i, a », avec une syncope aux trois dernière notes

« Sur ma Remington portative
J’ai écrit ton nom, Laetitia,
Elaeudanla Téitéia… »

Quelques photos de la Schola Cantorum

Quand on pénètre dans l’enceinte de la Schola Cantorum on est entouré de cette musique, celle des musiciens qui répètent leurs examens ou leurs concerts. On est en mai 2011 et il fait beau, le soleil tape et on a l’impression d’être au coeur de l’été. Il n’y a personne pour vous accueillir ou faire barrière, vous pouvez donc entrer comme bon vous semble. Dans cette enceinte où le temps s’est arrêté, nulle trace de modernité, on imagine assez aisément Lucien et Lise évoluer dans cet ancien couvent. Monter les escaliers, passer quelques portes, vous promener dans la cour intérieure. La chambre de Serge, la n°8 n’est pas la plus évidente à trouver mais ce n’est pas si grand que ça, on finit par tomber dessus. C’est aujourd’hui une salle de répétition, il n’y avait personne ce jour là, enfin aucune musique ne s’échappait de derrière la porte. Maintenant que j’y pense, je n’ai même pas pensé actionner la poignée. Je me console en me disant que la porte était sûrement vérouillée.

La Schola Cantorum

La Schola Cantorum

La Schola Cantorum Cour intérieure paisible de la Schola Cantorum, l’été, à l’ombre des ces grands arbres

La Schola Cantorum Chaque salle porte un nom, les hauts plafonds, les murs blancs, le temps n’a pas de prise dans cet ancien couvent

La Schola Cantorum

La Schola Cantorum Close-up sur l’affichette de la porte de la salle de répétition n°8

La Schola Cantorum Le carrelage devant la porte de la chambre n°8 n’a surement pas changé depuis 1952

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Pour se rendre à la Schola Cantorum

  • Site web de la Schola Cantorum
  • Adresse : Schola Cantorum, 269, rue Saint-Jacques, 75005 Paris
  • Stations : Luxembourg (RER C) ;  Censier-Daubenton (Métro Ligne 7)

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Serge Gainsbourg chante « Elaeudanla Teïtéïa », chanson qu’il composa à la Schola Cantorum

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