Ceux qui ont lu la bio de Gilles Verlant il y a quelques années devaient se demander à quoi pouvait bien ressembler la fameuse Marie-Mathématique évoqué en ces termes par l’auteur :

C’est à la fin du mois d’Octobre 1965 que les téléspectateurs découvrent au programme de Dim Dam Dom, l’émission féminine -et d’avant garde- de la 2ème chaîne, produire par Daisy de Galard, un dessin animé tout à fait audacieux racontant les aventures de Marie Mathématique, présenté comme « la première héroïne TV de science fiction ». Imaginée par Jean-Claude Forest, le créateur de Barbarella, l’héroïne interplanétaire de bande dessinée, Marie Mathématique est « une délicieuse adolescente adolescente de seize ans qui ressemble plus à Claudia Cardinale qu’à Brigitte Bardot » lit-on le 15 mars dans L’Union de Reims. Au rythme d’un épisode de 5 minutes chaque mois, ces petits films d’animation en noir et blanc sont conçus, comme des voyages oniriques, se déroulant en l’an 2830, « accompagnés d’une série de complaintes écrites par André Ruellan et chantées par Serge Gainsbourg ».

Jean-Claude Forest : « Daisy Galard, la productrice était à l’affût de tout ce qui était un peu en marge et à la mode ; elle m’avait demandé si j’avais des idées pour une bande dessinée à la télé. Je lui ai proposé le principe du papier découpé car elle n’avait ni les moyens ni le temps d’investir dans une grosse production. J’ai mis quinze jours à faire les dessins et à raconter l’histoire et tout a été tourné en une petite semaine. L’écrivain André Ruellan, mon beau frère a écrit des poèmes d’accompagnement qui convenaient très bien à Serge qui était à cette époque, comme nous, un marginal. Il a lu un premier texte et il a tout de suite enregistré une musique très délicate et très simple. On a enregistré six épisodes en tout. Serge a eu l’idée d’inclure dans la musique, à la fin de chaque couplet, le rire de France Gall qui est devenu celui de Marie Mathématique ».

Pour les paroles de cette « comédie musicale graphique, assez utopique, surtout dans le cadre d’un magazine télévisé mensuel », comme l’expliquait Forest, Ruellan choisit une forme poétique ancienne et stricte, le virelai :

Les astres rôdeurs
Sont couverts de fleurs
Volages
Qu’une ondée flétrit
Plus vite qu’ici
L’Orage
Mais quand la saison
Ouvre à ses poissons
La cage
Triomphe la nuit
Qui tourne à midi
Sa page

Jean Claude Forest : « La voix de Serge contribuait beaucoup à l’ambiance érotique qui de dégageait de Marie-Math. Parfois c’est un chuchotement chanté qui donnait au spectateur l’impression de pénétrer dans l’intimité ce cette petite héroïne ».

De novembre 1965 à mai 1966, les téléspectateurs de la deuxième chaîne française ont suivi les aventures de Marie Mathématique, une série animée en papier découpé, conçue tout spécialement pour l’émission “Dim, Dam, Dom” produite par Daisy de Galard.
A la base de ce projet, court dans le temps (puisqu’il n’a connu que six épisodes de cinq minutes chacun) : Jean-Claude Forest pour les scénarios et les dessins, André Ruellan pour les textes des lyrics et Serge Gainsbourg pour la création musicale et l’interprétation.

“Vous qui m’entendez / Venez et tendez / L’oreille / Je suis du futur / Comme est de l’azur / L’abeille / Le nouveau Paris / Dans son paradis / Sommeille / Il connaît pourtant / Au moins une enfant / Qui veille / Car Marie-Mathématique / Aura seize ans dans mille ans…”
Comme le précisait Jacques Lob : “C’est avec cette introduction poétique de Ruellan, chantée en confidence par Serge Gainsbourg, que débutait le premier épisode de Marie Mathématique. Un lent panoramique sur l’architecture exubérante d’un Paris de l’an 2830 nous menait à la demeure des parents Mathématique où l’on fêtait l’anniversaire de Marie…”

Lorsqu’on interrogeait Jean-Claude Forest sur cette époque, il évoquait quelque chose proche de l’insouciance. “C’était vraiment avant 68… Nous ne nous rendions même pas compte que nous vivions bien, que nous étions dans une espèce de douceur permanente. Même si nous avions des rêves anarchistes, c’était autour d’un verre, au “Flore” ou à la “Coupole”, ou même au “Drugstore des Champs Elysées”… Nous n’avions pas honte !”

Pour le dessinateur, L’émission “Dim, Dam, Dom” était d’un très bon niveau à l’O.R.T.F.. Avec des “recherches formelles ainsi que des recherches thématiques sur la futilité”. Dans ce cadre, l’héroïne créée pour l’occasion avait d’emblée ses caractéristiques inhérentes : “une cousine plus jeune que Barbarella, plus fraîche, pas mal-polie et physiquement son contraire. Brune petite Alice ouverte aux merveilles du futur. Marie Mathématique, son nom aussi est propre comme un rouage d’une montre Lipp.”

Marie-Mathématique est donc la petite soeur de Barbarella (incarnée à l’écran par la mythique Jane Fonda) et vit en 2830 : en 6 épisodes, les téléspectateurs de l’ORTF la découvre vivre dans son univers onirique. Présentés par des célébrités de l’époque (Chantal Goya, Marie France Pisier…), ces ovnis télévisuels viennent de refaire leur apparition sur le merveilleux site de l’INA qui nous délecte chaque fois plus de ses trouvailles, les voici :

Episode 1 :

Episode 2 :

Episode 3 :

Episode 4 :

Episode 5 :

Episode 6 :

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Je tweet, je blog, je tumblr, je facebook, je Google+ sur Charlotte et Serge Gainsbourg. Je me souviens être tombée sous le charme de Charlotte dans l'Effrontée, de fil en aiguille, j'ai ensuite développé une passion pour la musique de Serge. Qui j'aime le plus des deux ? Je ne saurais dire.