C’est l’histoire d’un p’tit gars, fan de Gainsbourg, qui rencontre un autre p’tit gars, tout autant fan. L’un est tatoueur qui sévit sous le nom d’artiste Niko Inko, l’autre a bien envie de se tatouer ses idoles. De cette rencontre est née une oeuvre d’art exceptionnelle, un tatouage que Jane a trouvé magnifique. Voici l’ histoire de Fab le Parigot, racontée par lui-même :

La naissance du tatouage

L’histoire a commencé quand j’ai rencontré Niko Inko, un tatoueur aussi fasciné que moi par Serge et son histoire. De cette rencontre, le projet du tatouage à débuté le 31 août avec le visage et le manuscrit de Serge qui a demandé 6 heures de piquage.
Ensuite, le visage de Jane le 08 octobre et ses 4 heures de travail.
C’est donc 10 heures de travail (sans compter la préparation) qui ont été nécessaires à l’artiste tatoueur pour obtenir ce résultat.
L’œuvre qui représente Serge et Jane est enrichie du manuscrit bien connu « prendre les femmes… ».
Les tâches de peinture et l’effet aquarelle rappellent l’amour de Serge pour la peinture.


Ce tatouage a déjà gagné de nombreux prix mais rien n’égale l’émotion de Jane à la découverte de celui-ci.

La Rencontre avec Jane

La rencontre s’est faite le 22 octobre lors de la séance dédicace à la librairie Taschen. J’étais arrivé tôt pour être certain de voir Jane car il était prévu qu’elle ne reste pas trop tard en raison du concert à Marseille le lendemain. J’étais donc le troisième dans la file quand vint mon tour. J’approche, je donne timidement le livre d’Andrew en disant à Jane que j’ai quelque chose à lui montrer. Elle lève les yeux, je remonte ma manche et elle aperçoit le visage de Serge. Immédiatement, elle s’est reculée, a porté sa main sur le cœur et s’est mise à soupirer. Pendant quelques secondes, j’ai eu la crainte que cela ne lui plaise pas, puis elle a commencé à répéter sans cesse : « C’est fou….. mais c’est fou…. mon dieu…. ».

Jane Birkin et Andrew Birkin découvrent le tatouage

Ensuite arriva le plus beau moment quand elle a reconnu l’écriture en disant « Mais c’est l’écriture de Serge ! C’est magnifique… c’est fou…. je n’en reviens pas…. » les yeux brillants, remplis d’émotion.

Jane Birkin et Andrew Birkin découvrent le tatouage

Elle me demande combien d’heures de travail il a fallu puis répète tout à son frère qui ne parle pas Français. Andrew également impressionné dégaine son smartphone pour prendre une photo.

Jane Birkin et Andrew Birkin découvrent le tatouage
Je retourne mon bras où Jane se retrouve face à son visage. A ce moment, tant de choses passent dans son esprit : elle commence des phrases sans les finir, en les coupant par des « c’est fou…. magnifique… », des débuts de questions… Bref, un bazar d’expressions qui n’arrivent pas à s’exprimer par la parole.

Alors je lui demande : « Ça vous plaît ? Sinon, je dois l’effacer ! ». Elle répond : « Bien sur qu’il me plaît, c’est magnifique… impressionnant… mon dieu ! »
Elle commence la dédicace tout en traduisant à son frère l’idée du tatouage qui se rapprochait de très pres pour voir les détails. Je lui fait également dédicacer une photo d’elle, trouvée sur le net qu’elle ne connaissait pas et qu’elle montre à son frère en lui disant qu’elle la trouve très jolie.

Avant de partir, elle veut voir une dernière fois le tatouage toujours en disant : « C’est fou…magnifique… » en mettant sa main devant la bouche.
Je m’éloigne en la remerciant et je l’entends encore de loin dire à Andrew que le réalisme est complètement dingue, magnifique et fou.
Sur le livre, on peut lire : « Pour Fabien au bras magnifique, baiser à toi, Jane B. »

Dédicace Jane Birkin et Andrew Birkin
La photo qui trône maintenant dans mon bureau est enrichie de l’inscription : « Pour Fabien, tendrement à toi, Jane Birkin. »

Dédicace Jane Birkin

Cette rencontre était une formidable expérience malgré les craintes que j’avais à lui présenter le tatouage. Cette femme, qui par son parcours a toutes les raisons d’être « blasée », s’est montrée surprise et émue comme une enfant. Je la remercie vraiment pour ce court moment de bonheur.

Questions-Réponses à Fabien :

 Peux-tu nous raconter ta « rencontre » avec Serge Gainsbourg ?

Malheureusement, aucune rencontre physique. J’avais 12 ans lorsque Serge nous a quitté et j’étais donc beaucoup trop jeune pour aller à sa rencontre même intellectuellement.
En revanche, j’entendais parler de lui régulièrement durant mon enfance puisque que mon grand-père lui ressemblait énormément.
Je trouvais ça magique de voir mon grand-père en photos partout ou à la télévision, même s’il nous a quitté plus tôt que Serge.
Dans mes yeux d’enfant, c’était le même personnage…
Cela faisait rire tout le monde mais je suis issu d’une famille malheureusement insensible aux œuvres de Serge Gainsbourg. C’est donc beaucoup plus tard que je me suis intéressé plus précisément à lui et me suis vraiment rendu compte de qui était ce grand monsieur si mystérieux.

Qu’est-ce qui te touche le plus ? Sa musique ? Son univers ? La personne qu’il était ?

La chose qui me touche le plus est la personne qu’il était.
Du provocateur qui brûle un billet de 500 francs, au célèbre « I want to fuck you » jusqu’à l’homme ému lors du César de Charlotte ou la Victoire de la Musique de Vanessa Paradis.
Maintenant, grâce à internet, nous en savons beaucoup plus sur sa personnalité : le papa attentionné, l’homme fasciné par la femme, l’artiste incompris de l’époque,… Ses proches nous en apprennent toujours plus et c’est toujours un plaisir (voir le livre « Jane et Serge » édition Taschen).
Je suis également très sensible au reste. L’un ne va pas sans l’autre.
La personne qu’il était a largement influencé sa musique ou son univers.
Aujourd’hui, les personnalités comme la sienne nous manquent beaucoup : il avait une franchise effrayante pour les plateaux télé et des prises de positions clairement affichées dans ses compositions.
Aujourd’hui, on ne lui permettrait pas une telle liberté d’expression.

Quel genre de « fanatique » es-tu ? Celui qui achète frénétiquement tout ce qui parait sur lui ? Celui qui l’écoute tous les jours ? …

Je me définirais comme un « fanatique » modéré.
Je l’écoute tous les jours mais il faut dire qu’il y a tellement de choses à découvrir, à comprendre, à interpréter et même à déchiffrer.
Quand on pense comprendre une chanson comme « Sex-shop », l’expérience de la vie nous fait revenir dessus et nous dire que finalement, nous ne l’avions pas comprise dans le bon sens.
Je n’achète pas tous les objets « dérivés », ni tous les livres qui existent sur lui car certains ne sont vraiment pas à la hauteur mais je relis souvent celui de Constance Meyer.
En revanche, je suis à la recherche de choses beaucoup plus personnelles tel des manuscrits ou bien des objets lui ayant appartenu.
J’ai la chance d’habiter près de Drouot et même si je ne peux pas tout m’offrir, je peux au moins apercevoir des choses uniques et émouvantes.
Une sorte de chasse aux trésors très excitante.

Pourquoi avoir voulu faire ce tatouage ? Qu’est-ce que cela signifie pour toi ?

J’ai déjà de nombreux tatouages.
Chacun exprime une période ou une histoire et ils sont toujours très personnels. Celui sur Serge ne déroge pas à la règle.
Outre ma fascination pour lui et sans trop en dévoiler sur ma vie privée ; sa personnalité provocante et sa façon de vivre me correspondent.
Nous avons un vice en commun qui n’est pas l’alcool ni la cigarette…
Jane est pour moi la plus belle femme au monde et ces deux réunis forment un couple emblématique pour longtemps et pour plusieurs générations.
Quand je suis en manche courte, seul le manuscrit est visible et donc reconnaissable par les passionnés. C’est d’ailleurs ce que Jane a remarqué tout de suite.
L’idée du tatouage a d’ailleurs débuté par cet aphorisme « Prendre les femmes pour ce qu’elles ne sont pas et les laisser pour ce qu’elles sont » dont le manuscrit est publié dans le livre « Les manuscrits de Serge Gainsbourg » édition Textuel.
Cette phrase est pour moi un hommage aux femmes que je mets sur un piédestal, elles sont sans aucun doute supérieures aux hommes.
C’était le point de départ et la seule chose imposée à l’artiste tatoueur « NIKO-INKO » qui ne travaille pas sur un dessin défini mais sur un thème.
Pour le reste, le sujet étant Serge Gainsbourg et Niko étant également passionné par le chanteur, il lui semblait évident d’enrichir le manuscrit d’un portrait en noir et blanc avec des tâches d’encres et de peintures représentant l’écriture et la peinture (les premiers amours de Gainsbourg).
La deuxième étape fut l’ajout du visage de Jane afin de rassembler ce couple mythique. Pour moi, l’un ne va pas sans l’autre.
L’œuvre complète a nécessité 10 heures de travail sans compter la préparation du matériel.
Le tatouage a déjà gagné plusieurs récompenses lors d’une convention mais la meilleure fut l’émotion de Jane quand elle l’a découvert.

A part la réaction de Jane, quelle est celle qui t’a le plus marqué ?

Le tatouage est encore récent donc à part les professionnels et les proches, peu ont pu le découvrir.
Mais il arrive régulièrement que des personnes remarquent le bas du tatouage et m’interpellent en disant « Monsieur, il est beau ce tatouage, on peut voir le reste ? ». C’est à chaque fois la même réaction positive en découvrant le visage de Serge. Les gens reculent stupéfaits, se rapprochent de très près pour voir les détails et il se produit quelques échanges sur Serge avec les curieux.
Là, on peut se rendre compte qu’il est aimé des plus jeunes aux plus vieux. Il est devenu un symbole et son couple avec Jane un idéal.

Gainsbourg ou Gainsbarre ?

Gainsbourg et … Ginsburg.
J’aime autant l’artiste qu’il est devenu que l’anonyme qu’il était.
En se replongeant dans son enfance et les immondices de la guerre, on comprend mieux sa personnalité mélancolique et fragile.
Les provocateurs sont des gens mystérieux qui cachent un état d’esprit très tendre et très pudique avec une grande culture. Une sorte de barrière que les « idiots » ne franchissent pas.
C’est d’ailleurs pour cela qu’il était très critiqué à l’époque. Mais il s’en amusait beaucoup.
Le Gainsbourg poète me fascine, les paroles et les recherches qu’il faut faire pour les comprendre prouvent le génie qu’il était. Il faut souvent lire entre les lignes. Ses compositions nous font aussi revenir vers des thèmes classiques que l’on prend plaisir à écouter ou ré-écouter.
Quand à l’homme, il y a une série de photos faite à Saint-Tropez en 1977 avec Jane, Kate et Charlotte. J’adore ces clichés, ils sont pleins d’amour et de normalité. Presque la famille idéale que l’on aimerait tous avoir.

Si tu devais ne retenir qu’une seule chanson ?

La javanaise.
Du coup, je vais paraître classique mais c’est une chanson populaire que tous les français connaissent.
Il suffit de fredonner : « J’avoue j’en ai bavé pas vous.. » dans un ascenseur rempli et à chaque fois, un(e) inconnu(e) vous fera cette déclaration : « mon amour » !
J’adore ce petit jeu car au pire, vous n’obtiendrez qu’un sourire qui veut dire « je connais la suite ».
Ensuite s’ouvre souvent une discussion sur l’auteur.
Quelle autre chanson française offre cette opportunité positive de rapprocher les gens ?
Elle met tout le monde d’accord sur le talent de Serge.
C’est également une chanson caméléon qui s’adapte parfaitement aux différents interprètes, instruments ou tempos : j’aimerais tellement savoir la jouer simplement au piano.
J’en adore beaucoup d’autres toutes différentes de « La noyée » à « Sex-shop » sans parler de celles utilisées dans les pubs : « Les petits lolos de Lola » ou celles composée et écrites pour d’autres : « Dis-lui toi que je t’aime ».
J’en découvre encore toutes les semaines.
Gainsbourg rassemble les gens et beaucoup me racontent des anecdotes très émouvantes par rapport à Serge et à ses chansons.
Une jeune génération de chanteurs reprend en ce moment du Goldman, j’espère secrètement qu’il en sera de même pour Gainsbourg.
Il est immortel, ma fille de 13 ans connaît des musiques de Gainsbourg sans savoir qu’elles sont de lui.

S’il était toujours là, il dirait : «Yes Sir, j’ai encore frappé…! »
Effectivement, il avait vu juste sur plein de choses comme la guerre dans le monde mais même s’il « fuck » la postérité, il doit maintenant faire avec… et il est au moins sur mon bras jusqu’à la fin de ma vie.
Tout un symbole pour moi.

The following two tabs change content below.
Je tweet, je blog, je tumblr, je facebook, je Google+ sur Charlotte et Serge Gainsbourg. Je me souviens être tombée sous le charme de Charlotte dans l'Effrontée, de fil en aiguille, j'ai ensuite développé une passion pour la musique de Serge. Qui j'aime le plus des deux ? Je ne saurais dire.